Didier Castella, le fonceur du gouvernement fribourgeois

Style direct, envie de rassembler, volonté de trouver des solutions: depuis son élection en 2018, le PLR gruérien s’est rapidement imposé comme un des hommes forts du Conseil d’Etat.

Le Temps, 23 mars 2020 – Yan Pauchard. Photo : Stéphanie Borcard et Nicolas Métraux/BM Photos

Quand il jouait au football, Didier Castella était un peu le Sergio Ramos des ligues amateurs fribourgeoises. Défenseur intraitable, physique, il n’hésitait jamais à aller au contact, ce qui lui a valu le doux surnom de «bœuf». Il était ce genre de joueurs que l’on déteste affronter mais que l’on adore compter dans son équipe. Un style direct que ce montagnard élevé à l’ombre du château de Gruyères a conservé en politique. Durant sept ans, sur les bancs du Grand Conseil, le PLR a été un des plus féroces détracteurs du Conseil d’Etat, qu’il jugeait en manque de leadership et de vision.

Mais dorénavant, depuis son élection lors de la complémentaire du 25 mars 2018, l’ancien député joue pour l’équipe gouvernementale. Une équipe qu’il défend aujourd’hui vigoureusement. «Il est vrai que j’ai eu des mots assez durs envers le Conseil d’Etat», reconnaît Didier Castella, très bientôt 50 ans, «mais celui-ci a su prendre des décisions importantes sur des dossiers aussi centraux que l’Hôpital fribourgeois, la Caisse de prévoyance du personnel de l’Etat et la réforme fiscale des entreprises».

Un capitaine à la barre

«Je reste donc cohérent par rapport à mes convictions, en souhaitant un gouvernement qui prend ses responsabilités et fait avancer les projets», poursuit le Fribourgeois. La réforme de la caisse de prévoyance a cependant provoqué une levée de boucliers sans précédent dans la fonction publique fribourgeoise. «Nous ne sommes pas élus pour soigner nos voix en vue des prochaines élections mais pour trouver les solutions», balaie Didier Castella. L’homme aime qu’il y ait un capitaine à la barre.

Le Gruérien a repris les rênes de la «DIAF», comme on aime l’appeler à Fribourg, soit la Direction des institutions, de l’agriculture et des forêts. Le conseiller d’Etat est chargé de deux dossiers majeurs qui doivent permettre de mieux positionner Fribourg entre le Mittelland bernois et l’Arc lémanique: le projet de fusion des communes du Grand Fribourg et le développement du pôle agroalimentaire, avec entre autres le renforcement du campus de l’institut agricole de Grangeneuve.

S’il est aujourd’hui l’un des hommes forts du gouvernement, l’élection de Didier Castella n’avait rien d’une évidence. Bien au contraire. Lors de la complémentaire faisant suite au départ de la verte Marie Garnier, le PLR ne partait pas avec les faveurs de la cote. Un homme de droite pour le siège d’une femme de gauche, peu y croyaient. Surtout, qu’il y avait déjà deux Gruériens au Conseil d’Etat. «Je n’avais pas le bon profil, ni le bon sexe, ni le bon parti, ni la bonne origine régionale», rappelle le magistrat.

Contre toute attente, Didier Castella l’a emporté. Il a certes profité des divisions entre écologistes et socialistes, mais il a également su convaincre avec une campagne de terrain marquée par la volonté de rassembler. Sa recette, simple mais efficace: aller à la rencontre de la population. Déjà, lors de son accession à la présidence du PLR fribourgeois en 2012, il avait lancé le programme «Vision PLR 2015», incitant les membres du parti à sortir dans la rue, ce qui n’était pas inscrit dans l’ADN de la formation bourgeoise. En cinq ans de présidence, il va relancer le parti cantonal, qui va connaître plusieurs succès, dont le plus retentissant demeure peut-être l’élection surprise de la jeune Johanna Gapany au Conseil des Etats l’automne dernier.

D’abord un scientifique

Président de la société de jeunesse de son village à 20 ans, puis vice-syndic de sa commune de Gruyères, député, président de son parti: le parcours de ce père de trois filles (âgées de 21, 19 et 17 ans) semble de prime abord assez classique. Il est cependant plus contrasté. Titulaire d’un doctorat en physique, le Fribourgeois est d’abord un scientifique, qui va très rapidement s’intéresser aux questions d’écologie.

Une carrière professionnelle qui va le conduire à intégrer le secrétariat général du Département fédéral de la défense (DDPS), où il est responsable du système de management environnemental. Il a notamment participé à la décision de supprimer les chauffages à combustible fossile de l’ensemble des bâtiments militaires. Pour la petite histoire, s’il n’avait pas été élu au Conseil d’Etat, Didier Castella aurait dû reprendre le très sensible projet d’assainissement de l’ancien dépôt de munitions de Mitholz, dans l’Oberland bernois, qui va contraindre les habitants à quitter le village pendant près de vingt ans.

Surtout, ce fonceur a connu un sérieux coup d’arrêt à l’été 2016. En vacances dans l’ouest du Canada, il est alors victime d’un terrible accident de quad. Une vingtaine de fractures, bassin et jambes brisés et les ligaments d’une épaule déchirés, alors qu’il se trouve à 400 kilomètres de l’hôpital le plus proche.

C’est un miraculé. D’abord alité, totalement dépendant, il vivra ensuite plusieurs mois de rééducation en chaise roulante. Une épreuve autant qu’une leçon d’humilité. Sur la touche, il va néanmoins rapidement revenir dans le jeu. A la fin de 2017, la conseillère d’Etat Marie Garnier annonce sa démission. Cette complémentaire est une occasion. «Le poste m’intéressait et en politique le train passe rarement deux fois, souligne Didier Castella. J’ai foncé.»


Profil

1970 Naissance le 31 mars. Il grandit à Bulle, puis à Pringy, village de la commune de Gruyères.

1999 Doctorat en physique à l’Université de Fribourg, puis vice-syndic de Gruyères l’année suivante.

2011 Député au Grand Conseil fribourgeois.

2013 Responsable environnement et énergie au secrétariat général du DDPS.

2018 Conseiller d’Etat.

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